Le gouvernement des intouchables

Le Directeur Général des Finances publiques, le Directeur Général de la Police nationale, la
Directrice des Affaires Criminelles et des Grâces, le Secrétaire Général du Ministère de la Culture, le Directeur Général de
l’Institut National du Sport de l’Expertise et de la Performance,  les préfets, les ambassadeurs… On ne compte plus les remplacements de hauts
fonctionnaires aux postes clés de l’Etat depuis l’élection du nouveau Président de la République.

 

François Hollande avait dénoncé pendant la campagne « un Etat UMP qui s’est installé (…) un vrai
système en place ».
Il avait alors promis que « ceux qui sont liés à ce
système auraient forcément à laisser la place à d’autres
« . Le Président aura au moins tenu cette promesse là du candidat Hollande et fait le grand ménage dans l’administration. En
toute logique, l’actuelle opposition dénonce aujourd’hui une intolérable « une chasse aux sorcières ».

 

Chacun est dans son rôle. La gauche et la droite s’accusent toujours mutuellement, avec pleins de sous-entendu douteux, d’installer, une fois au
pouvoir un système partisan : « l’Etat UMP » ou « l’Etat Socialiste ». Comme si le principe même de notre république et de la démocratie n’était pas d’appartenir à un
courant d’idée, à un parti ; comme si l’appartenance à un parti politique était dangereux pour la République ; comme si le militantisme et l’intérêt général n’étaient pas
compatibles ; comme si la politique n’était pas faites de convictions et de valeurs …

 

Comment celui ou celle qui a été choisi par les Français au suffrage universel pourrait-il diriger l’Etat efficacement et appliquer son
programme politique sans placer à la tête de ses administrations des femmes et des hommes qui lui sont loyaux et qui appliquent ce programme? Le temps extrêmement court d’un quinquennat renforce
d’ailleurs cette exigence.

 

Il est donc parfaitement normal que les dirigeants d’administrations soient immédiatement remplacés par le nouveau pouvoir. Pourquoi vouloir
faire croire qu’il s’agit d’une campagne de moralisation de la vie publique alors que cette pratique relève en réalité d’un pragmatisme permettant une action plus efficace?

 

La vérité c’est que cette sémantique électoraliste, qui a d’ailleurs pour effet collatéral notable d’accréditer toujours plus les thèses de
l’extrême droite, est l’arbre qui cache la forêt d’un lourd dysfonctionnement de notre République très loin de l’idéal démocratique.

 

Le « politique » a depuis longtemps perdu le pouvoir en France. Les nominations ne sont pas assez politiques parce que nos dirigeants
sont majoritairement des « hauts-fonctionnaires » entourés quasi-exclusivement de « hauts-fonctionnaires » qui peuplent leurs « cabinets ». Le pouvoir est exercé par
des « hauts-fonctionnaires » dont les différences idéologiques n’ont souvent que peu d’importance face au maintien du système auxquels ils appartiennent. La nomination des
« hauts-fonctionnaires » suit d’ailleurs un cheminement totalement opaque sans aucun contrôle démocratique.

 

« Les loups ne se mangent pas entre eux » écrivait Théophile Gautier et j’ai plus souvent assisté à la nomination de dirigeants de l’administration pour satisfaire le fonctionnement des grands corps de l’Etat et de l’administration elle-même que
pour faire avancer les réformes d’un candidat devenu Président. L’immuable, l’éternelle, la noble machine administrative demeure et assure la « continuité de l’Etat » quand le
« politique », lui, ne fait que passer. Cette machine qui a une lourde tendance à confondre continuité et immobilisme s’appartient et se suffit. Un fonctionnaire peu se transformer un
temps en femme ou en homme politique si la chance lui sourit mais il sera toujours et à jamais fonctionnaire et le système se charge régulièrement de lui rappeler.

 

Ce système est l’héritage de la révolution française qui a transmis le relais du pouvoir d’une caste à une autre, de la France féodale à la
France des Corps. Nous subissons depuis trop longtemps cette totale confusion des genres. Elle est en grande partie à l’origine de l’absence chronique d’un changement toujours annoncé et de
l’abandon de réformes pourtant décisives pour notre pays.

 

Une grande démocratie exigerait d’abord que les femmes et les hommes qui s’engagent résolument en politique et qui sont élus à un mandat
national démissionnent de la Fonction publique. Il n’y a qu’en France où l’on peut rester fonctionnaire lorsqu’on exerce des responsabilités nationales. C’est une condition essentielle à la fin
d’un esprit de caste et d’ailleurs la garantie d’une Fonction publique indépendante. Un seul a montré l’exemple jusqu’ici c’est Bruno Le Maire.

 

Elle exigerait ensuite la démission de la Fonction publique de tous ceux qui conseillent le gouvernement dans les cabinets ministériels. Comment
peut-on sereinement être juge et partie, contrôleur et contrôlé? 

 

Elle exigerait enfin que la liste des dirigeants d’administrations qui doivent être remplacés à chaque changement de majorité soit établie en
toute transparence par le Parlement. Elle exigerait que le gouvernement, lors de son installation, présente ses candidats au parlement pour validation avant qu’ils puissent prendre effectivement
leur fonction.

 

La République doit retrouver les exigences d’une grande démocratie si elle veut regagner la confiance des français et éviter son propre
déclin.

 

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